NYAH, (Manuela): récit de vie

NYAH, (Manuela): récit de vie

Récit de Manuela (alias Nyah), une jeune fille souriante malgré les aléas de la vie: Son parcours scolaire, ses peines, ses joies

Partie I

Marseille Centrafrique Solidarité (MCS) et Judith

Les derniers rayons de soleil filtraient entre les dentelures des nuages un silence retentit, j’entendis des pleurs venant de partout, papa était mort . Étant encore une petite fille innocente âgée de 3 ans je ne comprenais guère ce qui se passait. Les gens venaient de partout pour voir. Après quelques minutes, ma mère Judith s’est approchée de moi, et m’a prise dans ses bras elle a commencé à pleurer tout en murmurant des paroles que j’avais du mal à comprendre, c’était un moment difficile.

Après la mort de mon père, ma mère était dans une situation difficile, elle n’avait aucun travail et elle n’avait aucun revenu pour s’occuper de nous, on était confronté à toutes sortes de difficultés. Elle faisait trois boulots en plein temps pour pouvoir s’occuper de nous. La vie était devenue difficile à ce stade.

Maman n’avait pas les moyens de nous mettre tous à l’école, elle était dans une impasse et ne savait quoi faire. Chaque nuit avant de dormir elle se mettait à pleurer en demandant à Dieu de l’aider dans sa situation. Après plusieurs mois de désespoir elle a fini par nous inscrire dans un établissement public mais la structure de l’école n’était pas favorable et nous n’étions pas dans une bonne posture pour étudier. Notre salle de classe comportait plus d’une cinquantaine d’élèves, les tables et les bancs n’étaient pas suffisants pour faire asseoir chaque élève. Nous étions obligés de nous asseoir par terre pour étudier, on était également en manque d’enseignants. Notre vie allait de mal en pis, et nous n’arrivions plus à mettre quelque chose sous la dent, tout devenait difficile. Après des mois de galère maman a eu la chance de rencontrer une dame du nom de Véronique, cette femme a changé notre vie.

Incroyable mais vrai : dans les années 2008, 2009 elle nous a fait intégrer dans une association qui s’appelle Marseille Centrafrique Solidarité (c’est une association dont le but est d’aider les orphelins, autrement dit les enfants en difficulté. Enfin j’ai pu voir notre situation s’améliorer.

Cette association a changé notre vie, elle nous a ouvert une nouvelle porte et nous a donné un nouveau foyer. Grandir sans père est un trou énorme dans la vie d’un enfant mais cette association a pu combler ce vide intérieur, autant pour mes sœurs que pour moi.

Au début, à chaque rentrée scolaire, dans une nouvelle école où on ne connaît personne, cela est toujours difficile. Je me sentais frustrée à chaque instant, normal j’étais la petite nouvelle mais je ne voulais pas me laisser intimider pour autant. J’avais une seule idée en tête, c’était de montrer le meilleur de moi-même. Au cours de quelques mois, je me suis fait des amis mais aussi des ennemis, mais je me moquais pas mal de l’opinion des autres. Je voulais juste atteindre mon objectif, celui de passer en classe supérieure et rendre fière ceux qui se sont démenés pour m’aider. Tout ça se passait quand j’étais en fondamental 1. Arrivée en fondamental 2 en classe de 4éme je ne bossais plus comme avant, je m’amusais plus que la normale, mon travail a chuté au premier trimestre. Je n’étais pas du tout contente mais intérieurement je savais que je méritais ce résultat. 

Un adage dit que les conséquences corrigent mieux que les conseils c’est exactement ce qui m’est arrivé alors j’ai pris la résolution de ne plus refaire la même erreur. J’ai pris mon courage à deux mains et j’ai travaillé nuit et jour pour enfin être admise en classe supérieure.

Notre situation allait de mieux en mieux depuis que nous étions dans cette association. On allait chaque année, pendant les vacances, dans un foyer appelé Sainte Thérèse de l’enfant Jésus (vers Bimbo) où ils nous ont fait rencontrer pleins de monde et nous familiariser avec nos sœurs qui étaient aussi dans la même situation que nous, on venait de différents endroits, de différents foyers, mais ce foyer-là nous a fait redevenir une seule famille.

À quelques semaines de la nouvelle rentrée j’étais interpellée par la coordinatrice de l’association afin d’aller faire un test pour être admise dans une nouvelle école. C’était le soir de la veille du test je n’étais pas préparée ni prévenue à l’avance, tout ce que je savais c’est que j’allais passer un test. Je suis restée figée, perdue dans mes pensées en train de cogiter ne sachant pas à quoi j’allais être confrontée, ni à quel type de questions j’allais devoir faire face. Arrivée au petit matin, je stressais à mort mais ça ne m’avait pas empêché de me rendre sur place. J’ai été confrontée à une série de matières que j’ai composées, le jour du résultat, je me disais que c’était fini, que je ne pouvais pas être reçue à ce test, mais à ma grande surprise j’étais là 3ème sur la liste. Je me suis mise à sauter de joie parce que j’avais réussi. Mon intelligence naturelle a fait ses preuves, j’étais hyper contente mais je ne savais pas encore ce qui m’attendait. Je suis directement rentrée pour annoncer la bonne nouvelle à ma maman, elle était ravie elle aussi. Mes débuts en classe de seconde n’étaient pas faciles mais je me suis battue corps et âme pour être parmi les admis.

Mon entrée en classe de 1ere a été excellente, j’ai fait la connaissance à ce moment-là de plusieurs personnes qui sont devenues une famille pour moi. Au lycée, j’étais connue, et aimée de tout le monde, par mon côté travailleur, mon tempérament gai. Il est vrai que j’ai toujours aimé faire rire et d’autre part je sais donner de l’amitié aux personnes que j’aime.

Après presque 1 an de cours, me voilà vers la fin de mes études secondaires, je devais préparer un examen qui était primordial pour la suite de mes études, un examen qui devait m’ouvrir plusieurs portes et me permettre de m’ouvrir sur un autre parcours en tant qu’étudiante. J’ai fini par décrocher mon baccalauréat, c’était le fruit de mon travail acharné. 

Une belle récompense qui va me permettre de poursuivre mes études et de m’ouvrir d’autres chemins car la vie ne s’arrête pas là.

D’autres perspectives d’autres horizons qui vont faire partie de mon prochain récit en tant qu’étudiante à Bangui.

Partie II

Maman est partie !!!

Ma vie a pris une autre tournure depuis mon admission au baccalauréat, j’ai eu des hauts et des bas. Depuis peu après mon baccalauréat, chaque jour je suis à la maison en train de faire ma lecture. Il est 17H et ce jour-là on vient m’apprendre que ma maman est décédée, triste réalité 😓😢

Je n’arrivais pas à accepter qu’elle ne fût plus là. Mes larmes ont commencé à couler sans s’arrêter. La personne pour qui sur ce monde je me battais n’était plus là. Celle qui même étant gravement malade et alitée, m’avait soutenu. Celle qui était toujours auprès de moi, même à la proclamation de mon baccalauréat, malgré sa grave maladie et ses souffrances.

Flashback : (jour de la proclamation du baccalauréat)

C’était un samedi ensoleillé j’étais partie rendre visite à maman pour m’assurer qu’elle allait bien, mais comme d’habitude rien n’allait …Elle faisait tout pour cacher sa souffrance de peur de me voir souffrir.

Nyah : comment vas- tu maman ? Lui demandais- je ! 

Maman : je vais mieux ma chérie ! Ne t’inquiète pas ça va aller.

Intérieurement je savais qu’elle n’allait pas bien, elle ne pouvait plus manger, même se mettre seule débout était difficile Je me suis retirée dans une autre pièce, je ne pouvais pas supporter de la voir dans cet état. Je suis allée me mettre à côté de mes cadets pour bavarder. Puis, peu de temps après elle m’a appelé.

Maman : Nyah viens voir, on dirait qu’on est en train de proclamer le résultat de ton examen !  Moi je me disais que non, je ne pensais pas et j’ignorai que la proclamation était pour ce jour-là. 

Nyah : Maman je ne crois pas que cela soit pour aujourd’hui ! 

Elle a insisté et je me suis levée pour aller me mettre à côté d’elle et à ma grande surprise c’était réellement la proclamation des examens. Elle m’a regardé et m’a souri et je lui ai rendu son sourire. J’étais stressée à mort et paniquée. Lorsque je suis arrivée à mon établissement on était tous silencieux, j’écoutais, histoire de pouvoir entendre mon nom faire écho à la radio. Et effectivement j’ai entendu mon nom, j’ai sauté de joie sans retenue.

Maman était là très fatiguée, dans son état il fallait qu’on l’aide à se relever. Elle a partagé ma joie, j’étais tellement émue que mes larmes ont coulé sans que je m’en rende compte.

Maman : Félicitations ma puce, tu vois ça ne servait à rien de paniquer ! 

Nyah : Merci maman ! Maintenant il faut que tu guérisses pour qu’on puisse fêter cela ensemble !

Maman : Que Dieu t’entende ma fille, que Dieu t’entende !

C’est tout ce qu’elle m’a dit comme réponse. Elle a demandé qu’on l’aide à s’endormir et c’est ce que j’ai fait.

Fin du flashback

J’étais anéanti par sa mort, ma vie n’avais plus de sens, je n’arrivais plus à respirer, et j’étouffais, je pleurais tant, que j’étais à bout de souffle. Ça fait 4 mois que maman n’est plus dans ce monde et je sens qu’elle me manque terriblement et qu’elle me manquera toujours.

Je devais commencer l’université le lendemain mais je n’avais pas le moral. Je me suis couchée avec le moral dans les chaussettes.

Partie III

La règle des 3 A (Accepter – S’ Adapter – Appliquer)

A mon réveil j’avais un objectif : réussir pour honorer la mémoire de ma mère et la rendre fière de là où elle est avec en priorité : <<celui de pouvoir m’ouvrir et prier convenablement comme les autres et faire en sorte de réussir quoi qu’il advienne>> .

 On dit le plus souvent que la nuit porte conseil et je crois bien que cela m’a réussi. Je n’avais pas beaucoup dormi, je ne faisais que cogiter.

Mais au matin bien que j’aie eu du mal à sortir de mon lit, j’’ai fini par prendre mon petit déjeuner, et j’étais enfin prête pour aller affronter le monde universitaire.

Le premier jour n’était pas facile, beaucoup d’étudiants et peu de place dans l’amphithéâtre. Le nombre d’étudiants dépassait largement les tables, les bancs. De plus je me retrouvais au fond de la salle chose qui ne m’était jamais arrivée. Je trouvais ça marrant et je l’ai pris de manière décontractée parce que dans ma tête je savais que le lendemain j’allais être à l’heure pour avoir une place devant pour bien suivre les cours.

Un mois après avoir commencé à l’université cela allait de mal en pis. La présence des professeurs était irrégulière et même lorsqu’ils étaient là j’arrivais pas à bien suivre les cours à cause du brouhaha qui venait de partout. 

Nous étions en plein cours que notre doyen était venu nous apprendre que nous aurions une évaluation dans 1 mois. Nous devions faire des travaux dirigés qui allaient s’ajouter à nos moyennes.

J’étais paniquée et pas du tout satisfaite de ce travail supplémentaire. D’abord parce que je m’étais engagée à suivre des cours d’anglais en plus de la fac, et cela me demandait du travail et l’examen de validation approchait.

Au final mon expérience à l’université de Bangui n’était pas une réussite pour moi.

J’ai passé mes examens et à la sortie des résultats, j’étais triste car je ne m’attendais pas à un résultat négatif, malheureusement c’était le cas.  C’est sous une pluie abondante que je suis allée voir les résultats à l’université. Les notes affichées ne reflétaient pas pour moi les heures de travail passées à apprendre et réviser

Je suis rentrée sous la pluie avec une colère dans la poitrine, j’avais une seule envie de tout casser.

Ma colère s’est atténuée après une douche, et je me suis endormie. Mais je savais que j’allais tomber malade et c’est ce qui arriva .

Le matin je me suis levée de mauvaise humeur, mais j’avais pris une décision puisque n’étant pas habituée au fonctionnement de l’université j’avais décidé de retourner dans une université privée et de reprendre la première année pour avoir une bonne bases et ne pas avoir des lacunes pour la suite de mes études.

Le sourire m’est revenu car j’ai validé mon premier niveau du cours d’anglais avec une moyenne considérable (15/20).

Partie IV

Nouveaux horizons : IMC-AFRICA pour partir étudier à l’étranger

Après le décès de maman ce n’était pas facile. chaque jour qui passait je ne fais que penser à elle mais heureusement j’ai pu avoir ma famille et mes amis. Ces amies-là étaient comme des sœurs pour moi, il y avait ( Loreanna , Deveron , Axelle ) sur qui compter , toutes ces personnes ont été d’un soutien remarquable grâce à elles j’ai pu oublier par moment mon chagrin et remonter la pente. Merci à elles !!!

Aujourd’hui, je me suis  levée de bonne humeur parce que je dois sortir avec mes amis, ils m’ont invité pour un pique-nique histoire de me changer les idées,. Au début j’ai  refusé car j’étais réticente mais ils ont su me convaincre. 

9h30

Nous arrivons sur le lieu, c’était juste WAOUH, je ne sais comment décrire l’endroit mais c’était identique à un terrain de golf, en plus il y avait des arbres, des fleurs et une multitude de papillons de différentes couleurs. On pouvait voir des oiseaux qui se baladaient dans le ciel ensoleillé. Il faisait doux c’était super pour faire ce pique-nique. Nous avons posé sur notre natte le pique-nique: des fruits, des boissons , des sandwichs …

Ils avaient vraiment choisi un endroit magnifique c’était incroyable !!! Nous avons mangé, bien discuté, et nous avons énormément ri. Nous nous sommes bien amusés !!!

Hélas c’était l’heure de rentrer. Ils m’ont raccompagné à la maison, une fois arrivé devant ma porte nous nous sommes donné rendez-vous pour le lendemain pour aller manger dans un restaurant. Je ne pouvais pas refuser parce qu’ils ne me laissaient pas le choix.Après ma douche, je me suis endormie directement jusqu’au lendemain.

Le lendemain 7h00 

Je viens de me réveiller mais j’ai la flemme de me lever du lit, et je profite de cette flemme et étant libre jusqu’au début de l’après-midi pour faire une grasse matinée. 

Après cela, j’ai pris un petit repas, l’heure du départ approchait.

Une autre après-midi incroyable m’attendait et je les remercierai toujours .

Ce matin je me suis réveillée avec une autre vision du monde 🥺, je devais poursuivre mes études mais à l’étranger 😅 c’était quelque chose qui me remplissait mon esprit depuis un moment déjà , ce n’est pas une décision sur un coup de tête j’étais déterminée . Alors j’en ai fait part à deux grandes personnes : Le père et Dan

Moi: père je voudrais bien déposer le dossier d’une bourse à l’étranger pour poursuivre mes études .

Père :Okey ! C’est une bonne chose mais t’as une idée sur l’endroit et les informations nécessaires ?

Moi: Oui j’ai quelques informations concernant le sujet.

Père : D’accord si c’est le cas, alors lance toi et on verra la suite.

Après la petite discussion que j’ai eue avec lui, j’étais de plus en plus motivée. Mais je voulais avoir l’avis d’une autre personne. Alors je me suis retournée vers celle-ci.

Moi : Bonjour, Comment allez-vous ? J’ai besoin d’un avis, je voudrai faire une demande de bourse d’étude de l’étranger. Qu’en pensez-vous ?

Dan: coucou Manuela je vais bien merci ?

Pour répondre à ta question je ne vois pas de mal dans cette démarche. 

Mais ne te précipite pas, il faut que cette décision murisse, tu dois prendre le temps de réfléchir et ne pas faire ça sur un coup de tête.

Dans cette démarche tu dois voir ce qui sera positif pour toi avant de te décider.

Moi : Elle m’a fait part de certaines questions que je devais me poser j’ai pris le temps de me les poser et d’y apporter les réponses.

Après une semaine passée, j’avais pris le temps de réfléchir et je savais que j’étais prête à me lancer. J’ai fait part de ma décision à ma confidente et elle m’a dit : 

Dan : Si c’est ton choix fait le.

Maintenant je savais que je pouvais commencer les procédures de la demande de bourse.

Après des longs moments dans le noir je pouvais voir à nouveau « la lumière » grâce à ma famille, mes amis, ma confidente. Ils ont su me rebooster et je suis plus que déterminée à réussir. Une nouvelle vie commence pour moi … 

Actuellement je commence mon entrée dans une université privée située en ville. Ce matin je me suis réveillée prête pour une nouvelle aventure.

Après de longues heures de route je suis enfin arrivée sur le seuil du portail de l’institut, en rentrant j’ai demandé où était ma salle de cours au responsable de la sécurité.

La salle était spacieuse avec des chaises et des tables, une place assise pour chacun.  Je me suis mise devant pour mieux suivre les cours.

Quelques minutes plus tard nous avons eu la visite de l’adjoint de l’établissement il nous a expliqué en quoi consistait nos cours de l’année.

Comme toutes les rentrées scolaires et en plus dans un nouvel institut, c’était un peu difficile. Le plus marrant de cette journée est que j’ai retrouvée des amis (es) que je connaissais d’avant, ce qui a facilité ma rentrée dans l’institut.

Je savais que j’allais passer une très bonne année universitaire !!!

Je dédie ce récit à ma maman, une femme aimante , souriante , gentille qui a su me canaliser depuis ma tendre enfance. Grâce à elle je suis devenue ce que je suis, je lui serai toujours reconnaissante et je ferai tout pour la rendre fière de là où elle est. Je t’aime maman ❤️

Manuela (alias Nyah)

 

 

 

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